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L’opposition et la société civile dénoncent l’adoption d’un arsenal juridique antidémocratique et contestent les nouvelles règles du scrutin d’avril 2021.

Par Morgane Le Cam Publié le 24 novembre 2020 à 18h00 - Mis à jour le 24 novembre 2020 à 20h31

Temps de Lecture 4 min.

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« Compétition d’apparence », « match amical ». A cinq mois de la présidentielle béninoise, prévue le 11 avril 2021, opposition et représentants de la société civile mettent en garde contre un scrutin dont les jeux seraient faits d’avance. Ils accusent le président Patrice Talon, probable candidat à sa réélection, d’avoir tout planifié pour choisir ses adversaires dans la course à la magistrature suprême. Le symbole, selon eux, d’une démocratie qui chancelle chaque jour un peu plus, quatre ans après l’arrivée au pouvoir de l’homme d’affaires.

Ses adversaires reprochent à Patrice Talon d’avoir opéré un virage autoritaire en ayant fait adopter plusieurs lois taillées pour limiter le champ d’action de l’opposition. Un mouvement amorcé lors des élections législatives d’avril 2019 : seuls les deux blocs de la mouvance présidentielle ont été autorisés à présenter des listes. Disposant d’une écrasante majorité à l’Assemblée, les députés proches du président ont fait passer en novembre 2019 une révision constitutionnelle.

Cette dernière a introduit la nécessité, pour les aspirants candidats, d’obtenir seize parrainages d’élus avant de déposer leur dossier. Problème : les 170 maires et députés béninois sont quasiment tous dans le camp du président et leur légitimité est remise en cause. « Les partis de l’opposition ont été exclus des dernières élections législatives et municipales à la faveur de règles qui ont été adoptées par la majorité. Ils ne peuvent pas, dans ces conditions, avoir de candidats à la présidentielle. (…) Les lois de notre République sont antidémocratiques, c’est ça le fond du problème », déplore Expédit Ologou, politologue et président de la Civic Academy for Africa’s Future (CIAAF), un centre de recherche sur la gouvernance.

Dès 2017, le ministre de la justice, Joseph Djogbenou, qui n’est autre que l’ancien avocat de Patrice Talon, avait annoncé la couleur, promettant de gouverner avec « ruse et rage ». Aujourd’hui, le même Joseph Djogbenou est le président d’une Cour constitutionnelle dont les décisions sont jugées partisanes par l’opposition. Une accusation dont se défend le pouvoir : « Il y a peut-être une présomption de connivence, mais il n’y a jamais de preuves », souligne Alain Orounla, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement. « Est-on obligé d’aller chercher son ennemi pour aller diriger une institution ? Il faut quand même qu’on puisse se faire confiance, composer avec ceux qui partagent une certaine vision », défend-il.

En face, l’opposition s’estime directement attaquée. En 2018, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), une nouvelle juridiction, a visé plusieurs personnalités : Komi Koutché, ex-ministre de l’économie, et Sébastien Ajavon, homme d’affaires et président d’honneur du parti Union sociale libérale (USL) qui fut de la course présidentielle en 2016, ont été respectivement condamnés pour leur implication présumée dans une affaire de détournement de deniers publics et de trafic de cocaïne. Tous deux sont depuis en exil et ont été déclarés, de fait, inéligibles par une décision de la Cour constitutionnelle. Tout comme Lionel Zinsou, candidat malheureux du second tour du scrutin d’il y a quatre ans, condamné, cette fois par le tribunal de première instance de Cotonou, à cinq ans d’inéligibilité et à six mois de sursis pour « usage de faux documents » en 2019.

Le parti Force Cauris pour un Bénin émergent (FCBE) de l’ancien président Thomas Boni Yayi a lui aussi cédé, en avril. Accusant Patrice Talon de vouloir diviser son parti pour mieux régner, M. Yayi a claqué la porte du FCBE. Depuis, l’ex-chef d’Etat et ce qu’il reste de l’opposition béninoise tentent de se rassembler au sein d’une nouvelle formation baptisée Les Démocrates. Mais voilà quatre mois qu’ils attendent que le ministère de l’intérieur leur délivre un « récépissé », indispensable à l’existence juridique du parti. « Aujourd’hui, pour créer un parti, il faut que Patrice Talon le veuille. Le pouvoir en place a détruit les partis politiques qui ne sont pas de son obédience. Nous sommes dans un régime de type dictatorial », dénonce avec amertume Eugène Azatassou, l’un des vice-présidents des Démocrates.

La majorité se serait-elle lancée dans une chasse aux sorcières ? « S’il y en a une, c’est bien parce qu’il y a des sorcières », rétorque M. Orounla. Pour le porte-parole du gouvernement, il n’y a ni virage autoritaire ni atteintes à la démocratie, mais « un effort de discipline » demandé par le président Talon. Avec un objectif : consolider une « démocratie plus responsable » qui ne soit plus synonyme de « laisser-aller, d’anarchie et d’impunité ».

Pour les défenseurs des droits humains, ce nouveau souffle politique est liberticide. Un Code pénal rénové et un Code sur le numérique ont en effet été adoptés pour encadrer la liberté de réunion et de communication en ligne des Béninois.

Des textes qui ont permis aux autorités de justifier l’interpellation d’au moins 64 personnes suite aux violentes manifestations qui ont éclaté lors des législatives d’avril 2019. A Cotonou et dans d’autres villes du pays, les citoyens réclamaient des élections inclusives, fustigeant l’absence de l’opposition. Dans la foulée, l’ONG Amnesty International était montée au créneau, estimant dans un communiqué que « la répression atteignait des proportions inquiétantes au Bénin », avant de dresser un bilan : « au moins quatre morts par balles », lors de ces affrontements inédits entre forces de l’ordre et civils.

A l’aube d’une présidentielle, certains s’inquiètent que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Le Bénin, autrefois vitrine de la démocratie en Afrique de l’Ouest, saluée pour son esprit de consensus et par l’ouverture de son jeu politique, est de plus en plus pointé du doigt. « Cour constitutionnelle, justice, Assemblée nationale : il n’y a plus aucune institution de contre-pouvoir dans notre pays. Le président a tous les pouvoirs », déplore Dieudonné Houinsou, de l’ONG Social Watch Bénin. « Qui veut perdre le pouvoir ? » glisse-t-on au sein de la majorité, en insistant « en off », non sans une certaine fierté, « un travail d’orfèvre » mené depuis quatre ans pour « remettre de l’ordre dans le pays ».

Morgane Le Cam(Cotonou, envoyée spéciale)

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